Loin des studios de télé,
des plateaux de tournage et de la Cité des Artistes... C'est
exceptionnellement de Nantes que nous vous adressons cette nouvelle
interview !!! Retour aux sources... Je vous pourrais vous parler de ma ville
natale pendant des heures, mais aujourd'hui, ce n'est pas la nostalgie qui
me tient mais cette pièce de Tchékhov "Les trois soeurs" créée au
Grand T à
Nantes avec une formidable troupe de comédiens.
Dirigés par Patrick
Pineau, ils sont là depuis septembre pour des répétitions intensives. Et dès
le 1er octobre, soir de la première, ils offrent un spectacle de grande
qualité, déjà rôdé comme s'ils le jouaient depuis des mois. A Nantes,
les journées sont bien remplies. Les acteurs ne se contentent pas de jouer
tous les soirs. A tour de rôle, ils vont de lycée en lycée, répondre aux
questions d'étudiants curieux. Car Tchékhov, on l'étudie !!! "Monsieur,
comment faites-vous pour retenir votre texte ?" demande un jeune collégien
qui n'a pas encore compris que la comédie est un vrai métier. Mais le gamin
n'est pas si naïf. Il s'est rendu comte de la difficulté de cette pièce... A
deux pas de la place Graslin et de son fameux restaurant "La Cigale", le
somptueux passage Pommeraye accueille aussi une partie de l'équipe des
"trois soeurs" pour une rencontre avec le public.
Pour ceux qui préfèrent
profiter de cette belle arrière-saison, non loin de là, les cafés du port
ont sorti leurs terrasses et
Patrick Catalifo m'a rejoint. Depuis le 1er
octobre, il incarne Alexandre Ignatievitch Verchinine qui chaque soir, le
conduit dans l'univers Tchekhovien. Dans la Russie du siècle dernier, le
colonel Verchinine est de passage dans la vie de trois soeurs qui rêvent de
Moscou et il va séduire l'une d'entres elles, Macha.
Qu'est-ce qui t'a donné
envie d'accepter ce rôle ?
- Patrick Pineau. J'avais
très envie de travailler avec lui. Nous avions joué ensemble il y a quelques
années à Annecy la pièce de Valetti : "Le Nègre au sang". Quand il m'a
proposé le rôle de Verchinine, je savais que ce personnage était
particulièrement compliqué. C'est certainement le rôle le plus difficile de
tous les rôles que j'ai joués au théâtre jusqu'à présent, mais j'ai accepté
quand même. Chaque soir, c'est un grand vertige et j'ai l'impression chaque
fois de sauter dans le vide. Et je ne le regrette pas...
Vous êtes 15 comédiens
sur scène... On peut donc parler d'une vraie troupe ?
- Oui, d'autant plus qu'il
y a un véritable esprit de troupe. Tous viennent du Conservatoire et
certains travaillent surtout au théâtre. Ce sont tous de bons acteurs,
consciencieux et travailleurs.
C'est la première fois que
tu joues une pièce de Tchekhov ?
- Oui, mais j'en avais vu
quelques-unes. Mon plus beau souvenir est "La Cerisaie" de Peter Brook que
j'avais vue il y a une vingtaine d'années. Il y a chez Tchekhov une grande
habileté à passer de la tragédie au comique.
Avais-tu déjà eu
l'occasion de voir la pièce "Les trois soeurs" ?
- Oui, il y a quelques
mois... Mais l'interprétation des comédiens ne m'avait pas vraiment
convaincu. Je connaissais la difficulté de cette pièce. C'est en la jouant
que j'ai vraiment réalisé sa force.
Qu'est-ce qui t'a séduit
dans ce personnage de Verchinine ?
- Il est à la fois
déroutant, ridicule, touchant dans sa dérive... Ce qui fait toute la
difficulté à le rendre crédible et ce qui le rend intéressant à jouer. Quand
Macha parle de lui, à un certain moment, elle dit : "Je l'ai trouvé étrange, il m'a séduite avec
sa voix, ensuite je suis tombée amoureuse de ses petites filles et de ses
malheurs..." Je pense qu'à elle seule, cette phrase résume bien le
personnage de Verchinine.
Je sais combien tu aimes
la diversité des rôles. N'est-ce pas un peu lassant de jouer tous les soirs
la même chose ?
- Non, pas au théâtre !
Bien sûr, on ne me ferait pas jouer la même pièce pendant un an. Mais durant
deux ou trois mois, ça ne me gêne pas. Pour moi, 60 représentations, c'est
la durée maximale. Ensuite, effectivement, je finirais par me lasser,
d'autant plus que la vie de tournée n'est pas des plus reposantes...
C'est beaucoup de stress !!!
Tu as toujours le trac
avant de monter sur scène ?
- Oui, évidemment... Tous
les soirs ! Si je n'avais pas le trac, je serais inconscient... Et le plus
difficile est de savoir le gérer.
Les représentations ont
débuté il y a une semaine et on sent déjà la pièce bien rôdée. Chacun est en
place et la justesse de jeu remarquable. Pour en arriver là, je suppose
qu'il y a eu en amont un énorme travail ?
- En effet ! Nous avons
d'abord travaillé pendant 8 jours "à la table" afin d'étudier le texte et le
décrypter. Cette méthode est fondamentale pour comprendre la pièce, le sens
de chaque mot, de chaque geste. C'est un travail de groupe qui permet un
vrai gain de temps sur les répétitions. Nous avons commencé à répéter le 16 août, pendant 5 semaines à raison de 8 heures par jour non
stop. Et nous avons poursuivi les répétitions, ici, à Nantes, dans le décor
du grand T.
Un joli théâtre !
- Oui, près de 900 places.
Complet tous les soirs !
Comment trouves-tu le
public nantais ?
- C'est un très bon
public. Au théâtre, chaque représentation est différente, le public n'est
jamais le même... Et hier, c'était, à mon avis, le plus beau soir depuis que
nous sommes là.
C'était effectivement
un public très attentif tout au long de la pièce qui dure tout de même deux heures trente,
nous devons le signaler ! Et pour le salut final,
le réel enthousiasme des spectateurs faisait vraiment plaisir à voir...
- Oui, ça fait chaud au
coeur, c'est vrai ! Certaines représentations réservées aux lycées étaient plus agitées.
La pièce "Les trois soeurs" demande une réelle concentration et je pense que
les professeurs devraient laisser le choix à leurs élèves et ne pas les
forcer à aller au théâtre. Pour aller voir du Tchékhov, il faut en avoir
envie !
Voilà déjà trois
semaines que tu "vis" à Nantes. Cela n'a pas l'air de te déplaire ?
- En effet, c'est plutôt
sympa ! Je
connaissais déjà un peu Nantes. En 2005, j'avais tourné un téléfilm pour TF1
"Maldonne" avec Corinne Touzet.
C'est une belle ville, très aérée, où il fait bon vivre, mais ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre...
Nos fidèles internautes
ont suivi assidûment "Les
Bleus" et nous ne pouvions pas faire cette interview sans
reparler de cette série... Au grand regret de beaucoup de téléspectateurs, tu as
choisi d'arrêter les tournages à la fin de cette première saison. (Lire
interview précédente)
Depuis le début des
diffusions, la presse a beaucoup insisté sur ton départ. Qu'en penses-tu ?
- Je n'aime pas les
journalistes qui déforment tout ce que je dis et me collent des propos qui
ne sont pas les miens sous prétexte qu'ils me considèrent comme une tête
brûlée. Ces personnes feraient surtout mieux de dire ce qu'ils pensent, eux, de la télé
plutôt que de me le faire dire...
Et bien, voilà... c'est
dit ! Et ici, tu es toujours le bienvenu pour t'exprimer en
toute liberté !!!
- O.K... A très vite !
No
us reparlerons
certainement "Théâtre" prochainement mais je tiens aussi à rassurer les
téléspectateurs qui prennent plaisir à te retrouver devant leur petit écran. Je sais que
tu n'as absolument rien contre la télé lorsqu'il s'agit de beaux projets. Par contre,
on ne te fait pas faire n'importe quoi et c'est tout à ton honneur. Là est peut-être la nuance que certains n'ont pas
tout à fait saisie...
Propos recueillis par MARYLINE
RICHER
Interview du 10 octobre 2007 pour
www.citeartistes.com
(REPRODUCTION INTERDITE)